La situation sécuritaire à Bagdad

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Le présent COI Focus dresse un état des lieux de la situation sécuritaire à Bagdad. Les recherches concernent plus particulièrement la période allant de septembre 2017 à mi-mars 2018 et ont été effectuées du 1 au 26 mars 2018. Ce document remplace la version précédente datée du 25 septembre 2017.

Après la période des années 2014 à 2016, où le niveau de la violence dans la ville et la province de Bagdad est resté stable, avec de nombreux attentats faisant chaque mois plusieurs centaines de morts et des blessés, on observe depuis fin 2016-début 2017 une nette tendance à la baisse du nombre des attentats et des victimes.

Il n’en reste pas moins que l’EI est toujours actif à Bagdad, où il continue de commettre des attentats à la bombe. Toute la capitale et les territoires environnants sont régulièrement confrontés à des voitures piégées, à des ceintures d’explosifs et à des explosifs dissimulés en bordure de route. Malgré les importantes mesures de sécurité prises par l’armée, la police et les milices, ces attentats font toujours des victimes dans la population civile. Le nombre de victimes d’attentats et d’autres formes de violence, qui est resté stable en 2015 et 2016 (près de 300 morts et 700 blessés par mois), a amorcé une forte baisse depuis la fin 2016, jusqu’à un niveau jamais vu depuis 2012. Le nombre d’incidents violents a diminué dans toutes les catégories : moins de voitures piégées, moins d’IED et également moins d’assassinats liés au conflit. Cette tendance s’est poursuivie durant toute l’année 2017 et dans les premiers mois de 2018.

La province de Bagdad se trouve sous le contrôle du gouvernement irakien et de ses services de sécurité mais les milices chiites, présentes en force, y exercent actuellement un pouvoir important. Ces milices, qui font officiellement partie des ISF et opèrent sous l’égide des PMU, participent aux contrôles de sécurité et au maintien de l’ordre à Bagdad. Cela suscite, surtout chez la minorité sunnite, la méfiance et la crainte d’une reprise de la guerre civile de 2006-2007. La majorité chiite fait davantage confiance aux milices qu’aux policiers, considérés comme corrompus. Les milices prennent part à la chasse aux cellules terroristes dormantes, contribuent au maintien de l’ordre et surveillent les quartiers chiites. Elles utilisent parfois la manière forte et des cas d’arrestations, de mauvais traitements et de disparitions de civils sont rapportés. Les milices ne rendent aucun compte aux autorités bien qu’elles soient officiellement sous le commandement de celles-ci. Les plus importantes de ces milices chiites, dont certaines sont en réalité contrôlées par l’Iran, représentent clairement une force politique à Bagdad. Des cadavres sont régulièrement trouvés dans les rues de la capitale, mais il est souvent impossible d’identifier les coupables car des bandes criminelles et des miliciens agissant pour leur propre compte sont également actifs dans la ville et commettent le même type de crimes, notamment des enlèvements de civils contre rançon.

A Bagdad, les sunnites courent un plus grand risque que les chiites d’être victimes des milices chiites. Grâce à leurs victoires militaires contre l’EI, ces milices ont encore accru leur influence et entendent à présent tirer un bénéfice politique de leur position de force.

L’on n’observe pas de variations géographiques nettes dans la répartition de la violence, qui touche toute la ville. Aucun quartier n’est épargné par les attentats. Il en va de même pour les territoires environnants.

La province de Bagdad compte près de 144.000 personnes déplacées internes. La plupart proviennent de régions qui se trouvaient sous le contrôle de l’EI, ou dans lesquelles les forces gouvernementales et les PMU ont affronté l’EI. La majorité de ces IDP sont hébergés dans des familles d’accueil ou louent un logement mais leur situation financière est souvent précaire et ils doivent faire appel à l’aide humanitaire. Presque tous les IDP ont indiqué qu’ils souhaitaient regagner leurs foyers dès que la situation le permettrait. L’on observe un retour des IDP vers les villes et régions reprises à l’EI, ce qui a fait considérablement baisser leur nombre à Bagdad, car peu de nouveaux IDP arrivent encore dans la capitale. Les combats entre les ISF et l’EI ont pris fin, et un faible nombre de personnes nouvellement déplacées arrivent encore à Bagdad.

L’impact de la violence sur la vie quotidienne des habitants de Bagdad est varié. Les déplacements sont rendus plus difficiles à cause des postes de contrôle (dont le nombre diminue toutefois progressivement), mais Bagdad est une métropole qui continue de fonctionner en dépit de l’insécurité et d’infrastructures souvent défaillantes. La ville n’est pas assiégée par l’EI, l’approvisionnement en biens de première nécessité est assuré à tout moment et les voies de communication sont ouvertes (y compris l’aéroport international). Il n’en demeure pas moins que la situation économique s’est tellement dégradée à cause des revenus fiscaux moins élevés que prévu, des dépenses occasionnées par la guerre et de la désorganisation de l’économie suite au déplacement de plus de deux millions de personnes, que le mécontentement s’est fortement accru au sein de la population. De nombreuses manifestations ont lieu contre l’incapacité du gouvernement à améliorer les infrastructures, mais surtout contre la corruption omniprésente.

Les écoles et les universités sont ouvertes et des soins de santé sont disponibles, même si ce dernier secteur est sous pression.

En juin 2016, Falluja a été reprise à l’EI et en octobre 2016, les ISF ont lancé leur offensive sur Mossoul, qui a été reprise en juillet 2017, suivie par Tall Afar quelques semaines plus tard. Les territoires encore aux mains de l’EI dans les provinces d’Anbar, Ninewa, Salah al-Din et Kirkouk ont été repris au cours des mois suivants. Le risque de voir Bagdad tomber aux mains de l’EI est complètement écarté depuis le début de 2018.

Le califat proclamé par l’EI n’existe plus en Irak mais la disparition de cet acteur accroît l’incertitude politique dans le pays. L’Irak entre à présent dans une nouvelle phase et les conflits entre le gouvernement central et le gouvernement autonome kurde (Kurdistan Regional Government, KRG), mais aussi entre différents groupes au sein de la majorité chiite, réapparaissent sur le devant de la scène. En témoigne notamment la reprise en main par le gouvernement central, en octobre 2017, des régions revendiquées par les Kurdes.

Les victoires de l’armée irakienne et des PMU représentent une aubaine pour le gouvernement Abadi, mais du fait de la disparition de l’ennemi commun représenté par l’EI, les dissensions politiques entre les différentes forces en présence à Bagdad se manifestent plus ouvertement.

Policy

As a result of an increase in violence and terrorist acts, the security and human rights situation in Iraq has deteriorated since 2013 and further escalated with the ground offensive that IS launched in June 2014. This has led to a bloody internal armed conflict. Citizens are being targeted by the conflicting parties for ethnic, religious or political reasons. In 2015, the military pressure on IS increased and the Iraqi Security Forces, backed by Shia militias and the Peshmerga, recaptured some areas from it. In 2016, IS lost more ground to government forces. The recapture of IS-controlled areas has clearly led to an improvement in the general security situation in Iraq. In 2017, violence continued to decrease in Baghdad.

The available information shows that there are still significant differences in the level of violence and the impact of the IS ground offensive according to the region considered. These strong regional variations characterise the security and human rights situation in Iraq. This means concretely that the situation in Central Iraq is different from the situation in South Iraq and the Kurdish Autonomous Region.

Land: 
Iraq

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